Super concert hier soir au Comptoir du Jazz à Bordeaux de ce trio qui c'est bien trouvé !
En 2 sets bien groovy, un jazz qui retourne aux roots, avec par moments de délicieuses intonations free, Ernest Dawkins est membre de l'AACM, l'ombre du Trane planait un peu partout, A love suprême.... Beaucoup de générosité, quand par exemple Ernest faisait participer le public ou, mieux, quand il invita une jeune flutiste d'à peine 18 ans à venir le rejoindre sur scène, et puis cette chaleur humaine et une visible joie de jouer, ils seront ce soir à Mérignac. Un grand merci à eux trois !
Ernest Dawkins - saxes, petites percus, chant,
Hervé Saint Guirons - orgue
Philippe Gaubert - batterie
Une vidéo pour donner goût et des photos suivront !
http://www.youtube.com/watch?v=sUPpgCfko6M&feature=share
Dawkins-Gaubert-Saint Guirons-you don't know what love is
Furieux quintet avec Freddy Buzon (trompette), Guillaume Schmidt (saxes), Lionel Fortin (claviers), Sylvin Marc (basse) et Roger Kemp Biwandu (batterie). De la pure braise ! Ca a joué très péchu, bien dans l'esprit de l'electric prince of darkness. De Frelon Brun à Mr Pastorius, en passant par Winkle, U'n I, In a Silent Way et autres Red China Blues, ils nous ont vraiment fait un grand plaisir, Miles et parti il y a 20 ans, quel bel hommage ce concert ! Un grand merci à eux ! ![]()
Et trois belles photos de mon pote photographe Jacques Merle de http://www.jazzandblues-leognan.fr/ (Léognan 33)
de G à D Freddy Buzon, Sylvin Marc et Guillaume Schmidt

Freddy Buzon et Sylvin Marc
Et de G à D, Lionel Fortin, Roger Kemp Biwandu, Freddy Buzon et Guillaume Schmidt
Juste de retour du concert au Rocher de Palmer des Tony MALABY's APPARITIONS, avec Tony Malaby, Tom Rainey, Drew Gress et John Hollenbeck.
La claque !
Beaucoup de lyrisme, de liberté et de poésie dans les constructions virevoltantes du maître, de l'humour dans des phrases acidulées et biaises, une envie d'espace et de hauteur, comme pour des oiseaux. Le groupe est soudé, précis et d'une ampleur de discours incroyable, Tom Rainey est ahurissant, comme d'habitude allais-je dire.
Ces hommes sont des conteurs de merveilleuses histoires instantanées.
L'impression d'ensemble c'est celle d'une musique d'un niveau élevé mais abordable, on est comme aspiré vers le haut, mais l'on ne perd pas pied. Elle me fait penser à la singulière fraîcheur de ton qui existe dans la musique d'un Henry Theadgill par exemple...
Bref, vous l'aurez compris, si de telles apparitions se font jour vers chez vous, n'hésitez pas, foncez ! Ce n'est pas un mirage...
quoique...



les 16/02 et 17/02 2011 au Comptoir du Jazz
affiche fort alléchante !
http://www.as-soon-as-possible.com

Aux Colonnes de Blanquefort (33) Mercredi dernier, concert d'ouverture du festival "Russie Mon Amour", organisé par l'association As Soon As Possible (ASAP), présidée par Philippe Méziat, et en collaboration avec Einstein On The Beach.
ASAP a pris la suite du bien regretté Bordeaux Jazz Festival, mais cette première édition s'annonce tout aussi prometteuse, et nous nous étions déjà régalés des Bordeaux Jazz Sessions qu'elle avait aussi organisées il y a quelques mois au Comptoir du Jazz.
Ce qui est l'une des forces de Joëlle Léandre, qui est déjà venue par ici, c'est que l'on ne sait jamais de quoi elle est capable et quels lapins sonores elle va encore extraire de sa contrebasse magique, surtout au contact d'autres musiciens. Elle est comme l'improvisation incarnée. On la connait bien et c'est pour ça qu'on l'aime.
Mais on connait peut être moins Sainkho Namtchylak.
Le programme nous apprend qu'elle est originaire de Tuva, en Sibérie méridionale, tout près de la Mongolie, plongée toute petite dans la tradition du chant diaphonique qu'elle apprend à l'école, elle est très vite attirée par les chants chamaniques.
Elle aussi a fait le tour du monde et a sorti grand nombre de disques dans des domaines assez variés dont celui de l'ethno-pop, mais aussi dans l'improvisation où, nous dit-on, elle a joué avec Peter Kowald et Evan Parker. La rencontre de ces deux femmes voyageuses du son se présentait donc sous les meilleurs auspices.
Elles sont arrivées toutes les deux, Sainkho Namtchylak, habillée plutôt clair, un petit bonnet sur la tête et Joëlle Léandre toute de noir vêtue, la coiffure d'une Jeanne-d'Arc défenseuses des sons, le regard décidé. Elles se sont regardées, puis Sainkho a commencé à chanter d'un mince filet de voix assez envoutante et mystérieuse, telle une mime, elle accompagne, son chant d'une gestuelle simple et minimale, qui épouse naturellement ses sons et ses silences. Elle prend diverses poses, dont celle de la pochette de "In Trance". Joëlle est là, elle écoute, elle capte, elle est multiple et boisée, elle aussi à sa gestuelle, ses mimiques, sa voix, mais alors que Sainkho semble incarner, par une sérénité presque abstraite, un frêle oiseau face à l'espace et la quiétude aride des immenses paysages qui ont du peupler son regard d'enfant à perte de vue, Joëlle est un tout, on la dirait écorce humaine d'un arbre/contrebasse enraciné(e) dans le son terrestre, qui se dresse fier et furieusement vivant face aux immensités suggérées par Sainkho.
Tout au long du concert, ce fût le jeu de l'oiseau et de l'arbre.
L'oiseau Sainkho à offert à l'arbre Joëlle ses chants et ses gestes les plus purs afin de le séduire et d'être admis sur ses branches les plus hautes. A un certain moment, Joëlle a comme succombé à Sainkho, elle est devenue une sorte d'automate conquis, gesticulant comme un pantin clown, qui s'est mis à chanter lui aussi, à improviser des cris, des onomatopées, jouant avec beaucoup d'humour avec la contrebasse en la percutant, la tapotant des mains et des pieds, effet rythmique époustouflant et très amusant, tout celà alors que Sainkho poursuivait, imperturbable, son chant si délicieux.
Le concert s'est ainsi poursuivi comme un dialogue naturel entre ces deux immenses musiciennes qui se sont comprises et reconnues, en même temps que nous. Le dernier morceau c'est conclu par un fou rire entre les deux qui voulait surement dire "we did it !". Espérons qu'il y aura une suite, tournée, album, dvd, car ce fût carrément un choc pour nous ! En solo, en duo, ou dans d'autres expériences, allez voir ces personnes en concert, achetez leurs disques, ce sont des magiciennes !
dom's
http://www.as-soon-as-possible.com/russie.html
http://www.einsteinonthebeach.net/

Sainkho a pratiquement pris cette pose, c'est troublant...
En écoute The Dreamers - Ipos - Book Of Angel n°14. Bel album avec toujours cette ambiance groovy fruitée, apaisée et sereine. Le groupe c'est "one in all/all in one". Vus à Marciac, c'est encore plus puissant en live. Bref, ce disque est fait pour vous ! 
Marc Ribot - guitar
Kenny Wollesen - vibraphone
Jamie Saft - keyboards
Trevor Dunn - bass
Joey Baron - drums
John Zorn - music, arrangements & conductor
McCoy Tyner - Expansions (Blue note - 1968)
Là c'est la pépite absolue ! pas facile à trouver, à ne pas confondre avec Extensions. Woody Shaw : trompette; Gary Bartz : alto sax et wooden flute; Wayne Shorter : tenor sax et clarinette; Ron Carter : cello; McCoy Tyner : piano; Herbie Lewis : basse et Freddie Waits : batterie.
Album époustouflant !
Arditti String Quartet - Arditti (Gramavision - 1990)
Brillante formation qui reprend la Grosse Fugue Op. 133 de Beethoven, Quartet No. 3 de Conlon Nancarrow, Quartet 1931 de Ruth Crawford-Seeger, Cococino...a shattered landscape de Roger Reynolds et Tetras de Iannis Xenakis. Voyages en de hautes sphères !
Peter Levin - Party in the basement (Gramavision - 1990)
Peter Levin, frère du bassiste Tony Levin, est clavieriste de son état. Il oeuvre là dans une sorte de jazz fusion certes très écoutable mais ici ça pèche par un son synthétique très early 90s, c'est dommage car il est bien entouré : Lew Soloff : trompette; Mark Egan : basse; Mike Stern : guitare; Danny Gottlieb : batterie et selon les morceaux, Lenny White, Howard Johnson et quelques autres, et pas des moindres.
Anthony Braxton & Lauren Newton - Composition 192 (Leo Records - 1998)
(for two musicians and constructed environment)
Un magnifique dialogue de plus d'une heure entre lui aux reeds et elle aux voices, espace sans limite, envoutant, défricheur, ennivrant, je n'en suis pas encore revenu !
Raynald Colom - Sketches of Groove (Fresh Sound New Talent - 2007)
Jeune trompettiste très prometteur qui a fait la première partie de Paco De Lucia. Son jazz me rappelle un peu le quintet du Miles de la fin 60s, là où des claviers électriques commençaient à apparaître (Miles In The Sky). Disque très agréable et bon concert.
Javier Vercher - Wish you were here (Adlib Arts - 2010)
Lui c'est l'excellent saxophoniste qui accompagnait Raynald Colom. Dans la voiture on a écouté les IS Sessions de Chick Corea ainsi que Saga de Randy Weston et on a bien discuté. A l'issue du voyage, il m'a carrément offert son disque qui est vraiment excellent est plus free que celui de son patron. Il a des guests redoutables : Lionel Loueke, Sam Yahel, Larry Grenadier et Francisco Mela. Excusez du peu !
Precious Bryant - The Truth (Terminus Records - 2004)
Grande chanteuse/guitariste blues qui là, contrairement à son premier album, se fait accompagner, selon les morceaux, d'un bassiste, d'un guitariste électrique et d'un batteur. Le son est toujours aussi roots, bien épais et rèche, très dans le style Fat Possum dont je crois que Terminus Records est une filiale. Bref, du grand bonheur.
Cornell Dupree - Child' s Play (Amazing records - 1993)
Ce grand monsieur est carrément la Rolls des guitaristes rythm & Blues. L'abum est puissant, bluesy à souhait mais le groove jazz est furieusement présent aussi. La liste des guests est impressionnante avec, entre autres, Richard Tee, Will Lee, Paul Shaffer, Randy Brecker etc...La grande classe pour un plaisir rare et précieux !
dom's
Très bonne soirée passée hier soir à L'Hôtel Particulier Quartier Belcier à Bordeaux, organisée par l'Association La Centrale http://www.myspace.com/lacentrale
J'ai tourné un moment, pensant qe c'était au n° 24 (et pas au n° 4) mais on y est finalement arrivé !
On entre par une petite porte, accueil très sympathique, places vraiment pas chères, 5 euros ! un escalier nous conduit à la salle à l'étage et là, ô surprise, juste à l'entrée, Eugene Chadbourne est installé sur un vieux canapé, il vous serre chaleureusement la main, celà assorti d'un "how are you ?" souriant, et moi de lui répondre "fine !" et de lui montrer tout fier le cd "home made par lui", hommage à Jimi que je lui avais acheté en 2005 quand il était venu au BJF. Et lui tout content bien sur...
Pas loin de l'entrée, éclairé par une petite lampe au raz du sol, attention à ne pas s'entraver dedans, un drôle d'attirail est déjà prêt, un petit tabouret avec un banjo posé dessus, une petite guitare rangée un peu derrière, une petite table de mixage sur le côté, par terre devant le tabouret 2 planches et un micro scotché contre elles et un peu de bric à brac éparpillé au sol et dont on verra plus tard qu'il a bien servi à son propriétaire.
On attend un peu que le public arrive, le bar commence à s'animer, des canettes de bières bien fraîches commencent à être décapsulées, la salle est petite, mais on sera au moins une bonne soixantaine, on voit des look tranquilles, libres et alternatifs et ça convient très bien à l'endroit où l'on se sent vraiment à l'aise et décontracté...
En plus, un jeune chien est là, Marcel, il joue à vous apporter son petit morceau de plastoc pour qu'on le lui renvoi, à défaut de baballe, adorable...
Et puis les choses se précisent du côté de la petite scène et c'est Grrzzz, annoncé comme punk/industriel sur leur myspace, qui ouvre le bal. Il y a sur la scène un homme accroupi devant une sorte de longue planche avec des cordes, un genre de large pedal steel guitar artisanale, mais posée par terre. Lui s'occupe de sons plutôt rythmiques et basses, de percu sur ses cordes mais aussi de samples, dont voice samples. Devant la scène (très petite), un guitariste qui extirpe des sons assez bruts mais plus allongés et linéaires que ceux de son collègue à cordes. Comme un Fred Frith, il se sert de sa guitare d'une manière "différente", lui aussi, la carresse la percute, il en frotte même l'extrémité du manche contre le sol de la scène pour obtenir d'autres résonnances, se terminant à un moment en une boucle/gros riff qui tache, pour réveiller les bedaines. Posé sur la bi-strate cordue, le troisième homme, un saxophoniste, souffle en continu une sorte de plainte, un flux cuivré, comme alimentée par de la respiration circulaire, sobre et rèche, j'ai par moments un peu pensé à Evan Parker. Ces trois hommes entretiennent un courant incessant, un peu comme du drone ambient, et ça circule entre nous, c'est assez évocateur d'une sorte de souffrance du 21° siècle, ce n'est pas une musique joyeuse qui fait des cadeaux, le cadeau, c'est celui de l'accepter et de se fondre en leur respiration, l'espace de leur cri. Ils n'ont pas joué les morceaux proposés sur leur site. On a les a bien appréciés.
http://www.myspace.com/grrzzz
En deuxième partie de soirée, place au monsieur du drôle d'attirail de l'entrée, Thomas Bonvalet alias "L'Ocelle Mate", alors là c'est le choc ! De petites pièces brêves où tout est dit, on pense tour à tour à l'Espagne, au Japon, à Derek Bailey, il se sert de son banjo d'une manière assez rock, mais free, à force de riffs, en alternance avec quelques notes fort subtiles, douces et évocatrices, mais très furtives, c'est ça qui est très fort, la fulgurance de ses sons nous oblige à plus de rapidité dans la réceptivité de ce qu'ils évoquent, pas de temps à perdre, ne laissons pas s'échapper son feeling ! C'est le genre de musicien à vous faire faire le tour du monde (et de vous) en 1/4 d'heure. Pour enrichir son verbe délicieux, il se sert de tout un bric à brac à portée de pieds et de mains, les planchettes amplifiées, une sonnerie de réception d'hôtel, un diapason, un métronome, un enjoliveur de voiture, un tambourin, ses cuisses qu'il frappe, ses pieds qui percutent le sol, c'est de la pure magie. Comme autres instruments utilisés avec le même bonheur, une mini guitare et un instrument à vent très bizarre, jamais vu en ce qui me concerne, formé d'une embouchure assez large et de plein de petits tuyaux réunis, tournés vers le haut et un souffle au son rappelant l'accordéon ou le mélodica mais en "monotonal". Impressionnant ce set, un bricoleur de génie comme ce fut un peu le cas il y a quelques mois de Paolo Angeli et sa guitare préparée sarde, à Bordeaux aussi.
Les morceaux de son myspace sont très révélateurs de ce qu'il nous a offert.
http://www.myspace.com/ocellemare
Eugene Chadbourne était déjà passé au Bordeaux Jazz Festival en 2005, en duo avec le batteur Paul Lovens. Concert époustouflant !
Là il est venu tout seul, mais un Chadbourne seul c'est déjà plusieurs ! Son set a été moins free/gambadeur que la fois précédente, peut-etre plus sobre, grave et profond mais pas spartiate pour autant. Il s'est principalement servi de son banjo avec cette maîtrise et ce son particulier qui nous font instantanément penser à cette Amérique qui fait si souvent rêver. Sa voix est intacte et elle porte haut et fort certaines vérités qui doivent en déranger certains. Et ça doit continuer ! Même si l'on n'en comprend pas tout les termes, on sent qu'il y a toujours cet humour corrosif qui est sa marque et sa voix nasillarde est l'aiguillon bien pointu qui titille inlassable de gros séants qui font toujours semblant de ne rien entendre à la misère du monde. Parmi les petites perles de la soirée, par exemple la chanson où il a sorti un grand foulard bleu de sa poche pour se le mettre sur la tête, évoquant en même temps Sarkosy et la burka ou alors le fameux Roll Over Berlusconi, jubilatoire !
Quand il est passé à la guitare électrique, qu'il maîtrise aussi parfaitement, les riffs se sont faits plus tranchants, ça ferraillait sec, comme pour faire passer des pilules plus dures à avaler et c'est vrai que dans ces moments là, l'électricité aide bien !
Vraiment un très grand monsieur pour clôturer une excellente soirée. Merci à La Centrale!
Notez bien qu'Eugene Chadbourne a encore quatre dates en France: le 25/04 à Tarbes, le 28/04 à Pau, le 29/04 à Bayonne et le 30/04 à Toulouse. Et Grrzzz et L'Ocelle Mare aussi (cf leur myspace). Elle n'est pas belle la vie ??
:-)
http://www.myspace.com/eugenechadbourne
dom's

Il fait très chaud dans le nouveau Shangri.Tunkhasi.La, très bel hommage au Miles des années 70s.
Magnifique pochette, façon Pangaea, qui invite à entrer dans le groove fou qui règne dans cette jubilatoire fournaise où le temps s'offre au tempo. Album superbement interprété, arrangé et produit, une course folle qui s'achève par le Kashmir de Led Zeppelin où le blond de la voix cuivrée de Médéric Collignon rivalise avec celui de celle, bouclée, de Robert Plant.
Un must have. Si tu ne vas pas à Miles, Médéric ira à toi !
:-)
dom's

C'est...hum...comment dire...
un panard total de libertés sonores ...
Jean-Luc Cappozzo - Trompette, bugle, anches
Erwan Keravec - cornemuse, trompette à anche, 1/2 chalumeau de mezoued
www.innacor.com
http://www.myspace.com/innacor

Album enfin reçu ! C'est un bijou de jazz ciselé à l'electricité aussi lumineuse que le joli bleu de la pochette. Ca joue puissant et open et, aux côtés d'Olivier en grande forme, Vincent Artaud fait du grand boulot aux multi instruments, aux arrangements et aux co-compo. Ce son ! Et pour... couronner le tout, des guest de rêve sont là aussi, Billy Hart, Cyril Atef et Paco Sery. Enfin, mention spéciale aux jolies notes intérieures de Serge Loupien.
Bref, un album indipensable !
:-)
dom's
(cd chez Futur Acoustic)


Juste découvert le premier disque de Corey Wilkes & Abstrakt Pulse - Cries From Tha Ghetto (Pi recordings - 2009)
Ce jeune trompettiste, virtuose et très inventif, nous vient de la scène underground de Chicago. Il fait partie de l'AACM et, pour le mieux situer, c'est lui qui remplaça Lester Bowie dans l'Art Ensemble Of Chicago (vu à Bordeaux à cette occasion, quel régal !), c'est dire le doux parfum libertaire de cet album...
Lui est indéniablement l'un des avenirs de la trompette et l'excellent groupe qui l'entoure, de la même jeunesse, est très soudé et impressionnant par ces éclectiques directions qu'il envisage à chaque instant de prendre avec le leader en ayant de cesse que de le pousser vers l'avant...
En effet, le disque sent bon ce free du 21° siècle, celui ouvert à tout et qui est tatoué d'un je ne sais quoi de rock et de funk mutant, mais d'ailleurs en est-il un de non mutant, sans oublier des clins d'oeil non dénués d'humour à une jazzité plus orthodoxe par moment, quoique toujours en décalé grimaçant, voire insolent, genre qui veut reconstruire loin ménage sa déconstruction...
Bref, c'est un disque enthousiasmant, écoutez-le vite ! 2010 ne sera pas la même sans lui...![]()
dom's
Corey Wilkes : trumpet & flugelhorn
Kevin Nabors : tenor sax
Scott Hesse : guitar
Junius Paul : bass
Isaiah Spencer : drums
Jumaane Taylor : tap dance

Outch ! Alors là, le dernier Chris Potter Underground, c'est une véritable tuerie ! Un jazz groove puissant, précis, moderne, qui emporte tout sur son passage. Le son est superbe. Disque dont la fougue est dans la lignée des précédents et en particulier de son assez énorme Follow The Red Line: Live at the Village Vangard (2007).
Chris Potter, on avait déjà pu l'écouter accompagner Dave Holland et Herbie Hancock, et là sa carrière avec l'Underground est vraiment passionnante.
En plus, le line-up est redoutable : lui au sax ténor et à la clarinette basse, Craig Taborn au Fender Rhodes, Adam Rogers à la guitare et Nate Smith à la batterie.
Bref, disque I.N.D.I.S.P.E.N.S.A.B.L.E !
Disponible exclusivement sur http://www.artistshare.com/home/default.aspx
dom's
Non non, Coltrane n’était pas de la partie cette année, même si par moment, quelques embruns de liberté pouvaient suggérer sa présence spirituelle…
Cette édition 2009 fut assez furtive pour moi, à peine moins d’une dizaine de jours passés dans la jolie cité gersoise cette année, mais pas mal d’émotions. Déjà, tout a commencé le samedi premier jour de l’Août, retrouvailles au bureau des bénévoles voyages avec embrassades, sourires, évocation de l’année écoulée, quels concerts ? quels disques ? Les copines et les copains sont là, quelques petits nouveaux fort sympathiques, une charmante revenante, bref, belle entrée en matière. L’on m’indique, un peu gêné, que la veille, Sonny Rollins a carrément enflammé le chapiteau ! il avait bouffé du lion et son groupe aussi, ce qui rassurait suite à sa prestation de 2007, pour la 30° du festival, où là ce fut un peu mou du genou.
Samedi 1° Août
Pour moi, question musique, tout démarrait donc ce samedi soir, concerts très classiques avec tout d’abord la chanteuse Ann Hampton Callaway & The Barcelona Jazz Orchestra, voix certes assez agréable de la dame, un certain humour même, notamment dans son imitation de Billie Holiday et Sarah Vaughan, bonne maîtrise des standards du jazz, mais elle semblait être très devant et le groupe très derrière, pas effacé mais presque, orchestre pourtant mené par l’excellent Jean-Pierre Derouard à la batterie, belle frappe ferme et précise, limite funky par moment, nous l’avions vu en juin à Jazz & Blues Léognan, accompagner China Moses et nous nous étions régalés de son drumming. Puis ce fut le tour du Lincoln Center Jazz Orchestra featuring Wynton Marsalis, ça démarrait pas mal mais je dus zapper presque tout le concert pour cause de lever très tôt le lendemain matin (2h30 !) et pour la bonne cause, je devais rejoindre un ami chauffeur à Toulouse pour récupérer Sonny Rollins ( !!!) et son agent à leur hôtel pour participer à leur convoyage à l’aéroport de Blagnac. Quelle chance ! quelle rencontre ! Seulement quelques mots et sourires échangés avec un Sonny vieux sage, très aimable et courtois, un magnifique autographe, une belle poignée de main, bref, de quoi se consoler un peu de l’avoir loupé l’avant-veille.
Dimanche 2° Août
Ce soir là, spécial jazz-fusion-funk, …Tout d’abord un Sixun en grande forme et fêtant l’air de rien ses 25 ans de carrière. Depuis l’origine, ils sont six mais ne font qu’un et ça n’a pas changé. Le plus impressionnant est Paco Sery, batteur percu à la puissance et à la précision redoutables, Joe Zawinul qu’il accompagna plusieurs années le présentait toujours comme « le meilleur batteur du monde » et il ne se trompait pas, quel groove ! Précieuse alchimie entre cymbales d’or et peaux martelées au rouge plus une grosse caisse à la pulsation d’un énorme coeur, et puis une certaine poésie quand il quitta quelques instants sa batterie pour nous jouer une adorable mélodie enfantine avec ce petit lamellophone africain, la sanza (je me suis renseigné, on peut aussi dire likembé ou mbira, suivant les régions d’Afrique où ils sont joués). Pour parfaire le pacte percussif du groupe, il était assisté par un petit nouveau aux percussions, Stéphane Edouard, tout jeune et déjà très bon et inventif, on risque bien de reparler de lui.
Aux claviers, Jean-Pierre Como nous a enchanté par sa maîtrise de multiples claviers, un vrai sorcier des sons comme l’avait pu être Joe Zawinul (encore lui ?) dans Weather Report ou plus tard dans son Syndicate. Il s’est d’ailleurs bien plu à Marciac au point qu’il ne voulait plus en partir ! Pour enluminer le tout, on a eu droit à de très belles parties de guitares acoustiques et électriques de Louis Winsberg dont on connaît la curiosité et l’ampleur de jeu, véritable pilier du groupe lui aussi, tout comme le riche jeu gambadeur et alpiniste d’un Alain Debiossat plus classique aux saxes et à la flûte. Enfin, coup de chapeau à Michel Alibo, le funk c’est en grande partie lui qui l’inocule dans les veines de Sixun, a force de puissantes lignes de basses enslappées ! Une vraie épine dorsale. Ce soir là, il s’est dit que peut-être qu’un DVD sortirait de ce concert, souhaitons le ardemment !
http://liveweb.arte.tv/fr/video/Sixun_au_festival_Jazz_in_Marciac/
La deuxième partie était un concert pour bassistes, énorme showcase qui réunissait trois générations de bassistes électriques, le groupe SMV : Stanley Clarke, Marcus Miller, Victor Vooten, accompagnés d’un claviériste, Federico Pena, et d’un batteur, Derico Watson. Show très démonstratif, on s’en doute, mais même sans être forcément client de ce genre, on ne pouvait pas y rester indifférent. L’histoire de la basse électrique jazz-fusion-funk était là, juste devant nous servie sur un plateau, avec un grand absent, Jaco Pastorius, mais eût-il aimé ce genre de représentation ? Rien n’est moins sur.
Nos trois gaillards ont souvent joué les trois ensembles, un soliste en alternance, il y a eu des hauts et des bas, Vooten le plus jeune est un virtuose et il n’a pas arrêté de monter au créneau, les connaisseurs disaient même qu’il se « retenait », qu’est ce que cela aurait été s’il s’était lâché ?? Marcus Miller on connaissait déjà à Marciac, il a donné là ce que beaucoup attendaient de lui, du groove hénaurme en veux-tu en voilà, du slap, ce son quand même! Il a même expérimenté de nouveaux sons proches d’une lead guitare en faisant des solos limite hendrixien, marrant et changeant, quant’à Stanley Clarke il était certes loin d’être ridicule en basse électrique, mais il les a tous bien calmés quand il s’est attaqué à un surperbe solo de contrebasse à l’archet au début, puis à main nue, un magnifique passage très développé et d’une grande diversité de climats, il s’en est même arraché un peu de peau des doigts. Sacré Stanley, je crois que c’est encore lui le boss. Le clavier et le batteur ont assuré honnêtement, derrière ces montagnes, difficile de faire trop d’éclats ! Presque vers la fin, Stanley a lancé son célèbre School Days, poils dressés sur les bras là, puis presque naturellement ils ont rendu hommage à leur frère, Michael Jackson, en y greffant un medley, dont le planétaire Beat It, beaucoup d’émotion dans le chapiteau où visiblement ça voulait se trémousser et où des milliers de jambes ne demandaient pas mieux que de faire la moonwalk sur les planches d’un danceflor improvisé. Dans l’après-midi, j’avais pu dire à Marcus l’avoir vu en live à Bordeaux en 1982 avec Miles Davis, « oouuh mais j’avais à peine plus de vingt !! » s’exclama-t-il en souriant, puis quelques plaisanteries suivirent. Très sympathique et facile d’approche, il ne fait pas sa star, jusqu’à bien tard dans la nuit après le concert, au sortir du backstage, il signait encore des autographes à ses fans, et il en a beaucoup !
Lundi 3 Août
Cuba fait toujours rêver, deux concerts très attendus ce soir là, tout d’abord celui de la grande Omara Portuondo, déjà venue et ovationnée à Marciac, elle est plutôt en forme pour ses presque 80 ans et son orchestre un tout petit peu à la peine derrière elle, mais ça assurait quand même pas si mal, le public était ravi et elle aussi donc ça baignait (enfin, dans la sueur surtout, quelle étuve !), et tout cela suivi de celui de l’Orquestra Buena Vista Social Club. Comme Omara, ils étaient déjà passés ici il n’y a pas si longtemps, avec Ibrahim Ferrer qui mourut quelques jours plus tard à La Havane. Séquence émotion bien sur. Chapiteau plein à craquer, rythmes fous, chaleur étouffante, mais avec tout le respect que j’ai pour cette musique et même si je n’en écoute qu’assez rarement, j’ai du m’abstenir et sortir pour prendre un gros bol d’air frais et, dans le plus grand des hasard, entrer dans une belle discussion avec un jeune ami bénévole chauffeur, à propos d’anthropologie sonore, sa spécialité, passionnant sujet, il m’a même convaincu de changer ma chaîne le coquin ! …
Mardi 4 Août
Très belle soirée pour ne pas dire LA soirée Marciac 2009. Deux artistes, beaux oiseaux libres habitués des grandes altitudes.
Jan Garbarek, véritable gentleman, venait pour la première fois à Marciac, il est l’un des piliers de la maison ECM , depuis près de 40 ans ! Ce qui frappe, c’est la pureté du son, les multiples directions suivies en voyageur sonore insatiable, sans oublier ses racines norvégiennes que sa voix cuivrée préserve toujours, et la rare qualité des musiciens auxquels il s’est associé. De ses débuts presque jazz-rock avec de prestigieux compagnons comme Terje Rypdal, Arild Andersen, Jon Christensen, Bobo Stenson, Ebehard Weber, en passant par des expériences plus avant-gardistes, notamment avec Keith Jarrett, John Abercrombie, Bill Frisell, Miroslav Vitous, Peter Erskine, pour atteindre des rives world avec Nana Vasconcelos, Usta Fateh Ali Khan, Anouar Brahem, il n’a cessé de défricher et cela continue toujours.
Ce soir là, il était , accompagné du fidèle Rainer Brüninghaus aux claviers, gardien de la jazzité, d’un jeune et excellent bassiste brésilien Yuri Daniel, belles lignes de basse teintées de moderne fusion, et de l’époustouflant Trilok Gurtu aux percussions. Au fil du temps, tout est devenu plus serein et méditatif chez Jan Garbarek, les morceaux sont de longues suites où tout s’accorde en une douce harmonie, on vole haut, on voyage loin, le groupe de ce soir fut très cohérent ne formant qu’un. Les saxes de Jan, avaient comme toujours la pureté d’une voix qui s’élève bien haut avec par moment des réminiscences folkloriques, impossible de ne pas penser alors à la beauté de la Norvège. Les comparses, Rainer, peut-être plus intéressant au piano qu’à ses claviers électroniques, chacun voit (son) midi à sa porte et Yuri, fin et délicat, collaient au maître de cérémonie et au jeu de l’invité de marque venu de si loin, Trilok Gurtu, qui nous a littéralement enchanté par son inventivité, de la batterie aux tablas, en passant par tout un attirail aussi génial que dérisoire, nombreux sont les délicieux contes dont il s’est confié à nous ce soir là. En particulier quand à un moment il s’est lancé dans une folle improvisation, utilisant tout ce qui lui tombait sous la main pour finir en percutant à l’aide d’un petit maillet d’une main et presque imperceptiblement un seau de métal rempli d’eau, puis de l’autre main, tenant une ficelle au bout de laquelle pendait un petit disque de bronze qu’il percutait aussi et le plongeait dans l’eau tout doucement, en en modifiant ainsi le son. Remarquable ! C’est ce moment là que choisit Jan Garbarek pour réapparaître comme par magie en jouant d’une longue flûte de bois, probablement très ancienne, et offrant un chant proche de l’oiseau qui semblait naturellement dialoguer avec Trilok Gurtu . Instant rare et précieux, c’était presque irréel, un enchantement. Le public leur fit plusieurs standing ovations, quelques morceaux suivirent et le rappel, la partie était gagnée. Vivement qu’ils reviennent, ils nous manquent déjà.
C’est dans une certaine logique sonore que le concert du Charles Lloyd Quartet fit suite. Lui est déjà venu plusieurs fois à Marciac et on ne le présente plus. Il est lui aussi un membre éminent de la famille ECM depuis presque 20 ans et y a enregistré des albums magnifiques. De Charles Lloyd, prestigieux coltranien, l’on ne peut oublier le magnifique live à Monterey, Forest Flower, nous étions en Septembre 1966, il faisait sûrement beau comme en témoignent les luisantes lunettes qu’il porte, sur la pochette, orientées plein ciel, plein sons, plein futur dirait-on, magnifique photo. Il y avait autour de lui de petits géants en herbe, Keith Jarrett, Jack DeJohnette, Cecil Mc Bee, bientôt remplacé par Ron Mc Clure, un quartet explosif de jeunesse et de modernité. Et déjà, ses vastes phrases généreuses et visionnaires, l’impression de liberté et d’espace, l’ajout de sonorités d’ailleurs, changeaient quelque peu le jazz pour le rendre plus universel, le succès de sa musique d’alors, et de cet album en particulier, toucha jusqu’à la jeune génération rock, qui se sentait attirée par la fraîcheur des sons et du verbe, par le voyage et par l’absence d’étiquette imposée. Un autre superbe live du quartet, Love-In, suivra peu de temps après, enregistré au Fillmore de San Francisco, l’un des temples rock de la Californie. A cette période, Charles Lloyd ira même jusqu’à jouer dans un festival en URSS, et chacun sait que jouer presque libertaire là-bas, à cette époque, c’était loin d’être gagné.
Le quartet de ce soir n’était pas si éloigné de celui de 1967, même souffle, même puissance, même envie. Charles Lloyd, à la flûte et au saxophone, était entouré de jeunes loups, qui écriront probablement eux aussi l’histoire du futur, on sentait bien qu’ils étaient là pour faire bien plus qu’assister leur maître, créer, vivre et peindre en même temps que lui la magnifique toile d’un soir. Jason Moran (piano), Reuben Rodgers (contrebasse) et Eric Harland (batterie) ont été épatants de novation, de prises d’initiative, raconteurs de petites histoires, pas un moment faible et universalité du chant collectif, le jazz est si loin… Charles Lloyd avait magnifiquement démarré le concert à la flûte par l'une de ces entrées en matière dont il a le secret, à la fois ample et émouvante. Quelle élégance ! Le reste du concert s’est déroulé avec majesté et hauteur, en alternance de climats tempérés et de passages d’humeurs plus urgentes. Un peu comme les belles vagues du pacifique qu’il faut savoir prendre au bon moment. Au plan des interactions entre ces quatre, j’ai quelquefois même pensé au fabuleux quartet actuel de Wayne Shorter. Tout est allé si vite ! Probablement là aussi l’un des grands moments de cette édition.
Mercredi 5 Août
Marciac aime bien les pianistes, en solo, en duo, en trio, surtout, et même en quartet. On a eu droit aux deux formules ce soir là.
Pour ouvrir le bal aux sourires d’ivoire, le tout nouveau trio de Jacky Terrasson, un habitué de Marciac, la dernière fois, ce fut en duo avec Michel Portal en 2007. Jacky donne toujours l’impression d’être un éternel étudiant décontracté, toujours en recherche de blague à faire, sourire narquois rivé aux lèvres, coiffure limite afro cette année, et franche amabilité. Tout cela se retrouve dans son jeu qui reste, soit dit en passant et parmi les « moyennement anciens », l’un des plus croustillants et original qui se puisse trouver. Cette habitude qu’il a de prendre des standards ou même des compos perso et de chaque fois les retravailler, les tournebouler pour les offrir neuves et fraîches, cette envie permanente de tout remettre en question et de dépoussiérer les vieilles rombières flétries, c’est tout lui ça, cette année il s’est même aventuré dans le ventre gargouillant de son beau piano pour en extirper des sons bizarres en en percutant les boiseries et les cordes, presque à la manière de certain(e)s avant-gardistes. Un régal de le voir faire ça. C’est vraiment un pianiste de haut vol dont on garde l’impression qu’il peut et sait tout faire. Il n’est pour cela que de voir ses expériences passées. Pour l’aider dans ses nouveaux jeux, il s’est associés à deux jeunes musiciens américains dont on dit le plus grand bien ces temps-ci, Ben Williams à la contrebasse et Jamire Williams à la batterie, ces deux se sont entendus comme larrons en foire pour apporter à ce trio la touche actuelle, voire limite rock, pour le faire pétiller gambader et exploser en un beau groove tout neuf qui n’a pas fini de réveiller et de passionner les fans de ce genre de jazz qui avance. A suivre donc !
http://liveweb.arte.tv/fr/video/Jacky_Terrasson_au_festival_Jazz_in_Marciac/
La dernière fois qu’Ahmad Jamal est venu à Marciac, c’était également en 2007, mais en trio. Ce soir, il y a en plus Manolo Badrena (ex. Weather Report) aux percussions et Kenny Washington à la batterie, en remplacement de Idris Muhammad, et bien sur le fidèle James Cammack à la contrebasse. Celui-ci que je questionnais sur l’absence de son ami Idris me rassura sur sa santé : « il va très bien ! », et il se lança dans un portrait magnifique de lui, disant que c’est un vrai poète, un écrivain de superbes histoires avec ses cymbales et ses peaux, le qualifiant de musicien complet et universel, et non point de simple « jazzman », l’on en vint à ce que toute étiquette devrait être abolie pour ne plus parler que de musique, musique de la planète.
On ne va pas se lancer dans une description détaillée d’un concert de Ahmad Jamal car tout a déjà été dit, et bien mieux que ce le sera ici. Simplement, d’avoir vu Ahmad Jamal en concert, ou de l’avoir un jour écouté, l’on garde le souvenir d’un homme d’une élégance rare, tant en son apparence de prince discret qu’en les myriades de sons précieux et parfaitement contrôlés, qu’il agence, développe en de majestueuses accélérations et peut clore en l’instant, avec la douce précision d’un magicien. Très attentif à tout et à tous, tantôt il s’assied en biais, regardant ses musiciens, puis il se lève brusquement. Quelque chose d’une chorégraphie. L’animal "groupe" est chaque soir dompté, mais il est toujours laissé à la limite de l’échappée. Ahmad Jamal est un alchimiste des sons comme des silences, ce pourquoi sûrement Miles Davis l’appréciait. Il porte la musique jazz au rang du diamant impeccablement ciselé mais jamais en une perfection, pour se garder le plaisir d’y tendre sans jamais l’atteindre, comme une course infinie vers l’horizon. Avec ses comparses, tout particulièrement excellents ce soir (quelle bonne idée l’apport des percussions de Manolo Badrena !), il a su faire qu’une magie collective se crée à chaque instant. Ses musiciens sont ses frères et ont répondu à la moindre sollicitation d’accompagnement discret et en forme épousée, comme ils se sont sentis mobilisés en réflexe presque inconscient de devoir combler tout silence laissé vacant à dessein par leur chef. Le concert de ce soir à, comme bien d’autres, tenu du petit miracle, l’on savait ce que ça pourrait donner mais l’on ne savait pas du tout à quoi s’attendre. Ahmad, le Magicien.
(à suivre...j'éditerai au fur et à mesure)
Cette année encore nous avons eu la chance de retrouver Dave Holland à Jazz In Marciac. Il était l'un des deux prestigieux invités de Jim Hall, l'autre étant Kenny Baron. Superbe soirée, des sons de lumière et de bois précieux, des clins d'yeux perçants entre ces géants, une sorte d'universalité dans leurs accords et cette délicieuse harmonie.
L'année passée, c'est Herbie Hancock qu'il accompagnait, dans un style plus groove et très charnel.
Dave Holland avait rejoint tout jeune Miles Davis dès le début des années 70, pour participer à ces bacchanales électriques qui tracèrent les voies brulantes de ce que l'on appelait alors le jazz-rock. Souvenons nous de lui accompagnant le maître dans les magnifiques 38 minutes du live Isle Of Wight.
Peu de temps après, il enregistra à New York en 1972, pour ECM, l'album Conference Of The Birds, une petite merveille de jazz moderne dont la fraîcheur est encore intacte aujourd'hui. Les oiseaux étaient Sam Rivers et Anthony Braxton, soutenus dans leurs envols fulgurants par Dave Holland et Barry Altschull. J'avais envie de parler de cet album car c'est le seul que j'avais emporté de lui, mais il a en enregistré tant d'autres et dans d'aussi princières altitudes !
Respect à lui. Cet homme est un gentleman du son.
dom's

Que d'émotions !
Belle cuvée que ce millésime, dans une base sous-marine toujours aussi
mystérieuse, jadis elle protégea des engins de mort et aujourd'hui elle offre
de lumineux instants de vie et de paix, où les gens se rassemblent quiets et
sereins...
Le 4 juin :
* En ouverture de festival, nous avons eu le plaisir d'écouter le François
Faure Trio, excellent groupe offrant un jazz très enjoué, musique qui tient
diablement bien la route et assure avec la classe de professionnels aguerris.
On ne s'ennuie pas un instant, on est captivé par leurs histoires si joliment
racontées et quand la musique s'arrête, on se dit presque triste que c'est déjà fini, ah ben mince alors !
François Faure = piano
Philippe Laccarrière = contrebasse
David Pouradier Duteil = batterie
www.myspace.com/triofrancoisfaure
* Puis BO-ZI-LO, belle formation très éclectique, offrant voyages aux senteurs d'Europe centrale, d'Afrique et d’Asie, avec les myriades de belles notes bien maîtrisées de Bojan Z qui avait aussi un clavier électrique pour illuminer le tout, le superbe sax haut voltigeur de Julien qui a même failli s'échapper par le côté ouvert sur l'eau de la base, magnifiques sons rauques alors, comme sortis des entrailles d'un animal venu d'une autre ère, et le tout soutenu (et parfois même recouvert) par le puissant drumming d'un Karim Ziad qui a sûrement pensé à Joe Zawinul dans les instants les plus groove. Grands moments !
Bojan Z = piano
Karim Ziad = batterie
Julien Lourau = saxophones
www.myspace.com/bojanzed
www.myspace.com/ifrikya
www.myspace.com/julienlourau
Le 5 juin :
* Une autre belle surprise nous attendait en ce début de deuxième soirée avec le Eric Seva Quartet et son jazz moderne, ample et gambadeur. On a particulièrement apprécié l’apport de l’accordéon et cette touche fraîche et poétique qu’il apporte, surtout quand il est bien joué, comme ce fut le cas. Du reste chaque musicien apporta une contribution de haut niveau au leader et ça a décollé plusieurs fois et nous avec, grâce à de belles et riches harmonies et de superbes mélodies. Il y avait comme un état de grâce. C’est vraiment une belle musique qu’ils nous ont offerte. Merci à eux.
Eric Seva = saxophones (baryton, soprano, sopranino)
William Leconte = piano, claviers
Pierre-François Dufour = batterie, cajon
Lionel Suarez = accordion, bandonéon
www.myspace.com/ericseva
* Nous avions déjà eu la chance de voir le Paolo Fresu Devil Quartet il y a deux ans à Léognan et l’an dernier à Marciac. Et les revoilà déjà de retour chez nous !
C’est toujours le même bonheur. Il y a une totale cohésion
entre les quatre hommes et les compositions particulièrement bien rodées
s’échappent bien au-delà des frontières du souvenir pour nous revenir telles
des boomerangs, neuves et fraîches, comme par magie. Magnifique jazz coloré, feutré, accélérant quelquefois à des célérités fulgurantes par la faveur de la voix cuivrée et ô combien classe de Paolo qui l’est lui-même jusque dans ses mouvements et la façon précieuse et soignée qu’il a de tenir ses instruments. Ce soir là, ils se sont vraiment approprié
le lieu qu’il fallait dompter et séduire pour nous le rendre ami et plaisant. Ainsi, Paolo Fresu est à un moment parti dans une très belle improvisation en solo en se tournant, comme Julien Lourau la veille, dos au public vers l’ouverture aquatique de la base et là, instant magique créé par ces sonorités décuplées en leur effets, comme si le son s’échappait, comme transfiguré, par une sortie immense qui n’était pas prévue, en nous faisant des pieds de nez tout en s’éloignant fier et altier. Instants rares et précieux.
Paolo Fresu = trompette, bugle
Bebo Ferra = guitare
Paolino Dalla Porta = contrebasse
Stefano Bagnoli = batterie
http://www.paolofresu.it/site/index.htm
www.myspace.com/beboferramusic
www.myspace.com/paolinodallaporta
www.myspace.com/stefanobagnoli
Le 6 juin :
* C’est le Ronald Baker Quintet featuring Antonio Hart qui a ouvert la 3° et dernière soirée du festival. Formation que les bordelais connaissent bien et qui offre un jazz classique et efficace. C’est un groupe de pros, soudé et rompu aux standards qu’il revisite à sa façon avec respect et fougue. Ronald alterne trompette et chant au cours duquel il n’hésite pas à scatter. Il sait mettre le public dans sa poche car il a en plus de la tchache et ça ça plait !
Le clou du spectacle était quand même son prestigieux invité, qu’il connait depuis l’école de musique, Antonio Hart, un excellent saxophoniste américain qui joue frais et vigoureux. En plus, il n'a vraiment pas la grosse tête. Lui aussi locomotive à souhait ce groupe qu’il aime et qui l’aime. Visiblement le public ne s’y est pas trompé et lui a réservé un très chaleureux accueil.
Ronald Baker = trompette, vocal
Jean-Jacques Taïb = saxophone ténor
Alain Mayeras = piano
David Salesse = contrebasse
Patrick Filleul = batterie
Invité :
Antonio Hart = saxophone alto
www.myspace.com/thebmannn
www.myspace.com/allhartmusic
* Pour clore les festivités, c’est un superbe duo qu’il nous a été offert d’écouter, Martial Solal et Eric Le Lann. Avec des géants de cette envergure sur scène, et si différents l’un et l’autre, l’on est assis sur les nuages, bien haut dans le ciel. Ils n’ont pratiquement joué que des standards et ont su meubler à merveille l’espace immense de la Base. Le
phrasé de Martial Solal est magnifique et complexe, des harmonies à tomber
tellement la beauté est palpable, on a l’impression qu’à chaque morceau, il se réapproprie la composition pour la reconstruire en l’instant et en fonction de ce que lui souffle son comparse. Il peint d’adorables aquarelles sonores et ce avec une facilité déconcertante. En face de lui se tient un Eric Le Lann sobre, discret et réfléchi, offrant bien souvent des sons d’une grande beauté, jamais éloignés d’une certaine souffrance, celle assénée par les coups de la vie. Toujours à l’écoute, lui aussi. Il est une sorte de Miles Davis et de Chet Baker à lui tout seul, quel héritage ! Avec bien de leurs qualités et peu de leurs défauts, si tant est qu’un couac de Miles ou un feulement hésitant à peine perceptible de Chet en furent ! Eric Le Lann offre un contraste humanisé et nocturne à la précision lumineuse du jeu du pianiste, comme une sorte de candide baroudeur qui a connu de multiples directions dans sa vie musicale mais qui a toujours su offrir, que ce soit en pur jazz ou en fusion, la note qui tue, la note bleue ?, et qui viendrait là se poser auprès d’un vieux sage pour redire avec lui quelques textes du passé et les rendre encore une fois un peu plus immortels en les offrant à la curiosité insatiable du futur.
Martial Solal = piano
Eric Le Lann = trompette
http://fr.wikipedia.org/wiki/Martial_Solal
www.myspace.com/ericlelann
Et puis n’oublions pas de remercier les deux musiciens, un saxophoniste et un contrebassiste, qui nous accueillaient chaque soir avec de bien sympathiques discussions jazz qui nous ont bien mis en appétit, tant pour
les délicieux plats du Bistrot de la Base que pour les concerts qui suivirent, ogres que nous fumes !
Remerciements aux organisateurs, bises aux potes et une dédicace spéciale à Alain et Irène pour la gentillesse de leur accueil et la magie des rencontres backstage sur fond de fraîches bulles flutées...![]()

Le dernier album de ce trompettiste fort aventureux est un voyage merveilleux.
On imagine des folklores nordiques enfouis sous la neige des temps puis retrouvés comme par miracle pour faire que la voix du futur scintille de ces mots cuivrés, clamés aux lointaines étoiles.
Une musique de neige, de cieux vastes et bleutés que la nature a paré d'éphémères drapés blancs étirés à l'infini.
On pense à Jon Hassell, à Nils Petter Molvaer. Dans le nouveau numéro de Jazz Magazine, Arve cite aussi son père spirituel, Per Jorgensen.
En attendant de l'acheter, on peut l'écouter là :
http://www.deezer.com/fr#music/album/238645
www.myspace.com/arvehenriksen

J'ai enfin acheté ce cd de Biréli. Un très sympathique retour à des sources jazz fusion qu'il avait connues dans les années 80 en étant tout jeune guitariste éclectrique dans le trio du grand Jaco Pastorius.
Là le tout jeune "Jaco" qui l'accompagne, en une basse groove et pastoriusienne en diable, c'est l'épatant Hadrien Féraud, et pour que la fête soit bien complète, le très précis, claquant et puissant Damien Schmitt est à la batterie, les excellents Michael Lecoq aux keyborads, Frank Wolf aux saxes, Andy Narell aux steelpans et DJ Afro Cut-Nanga dj, aux turntables,samples et fx.
Avec tout ce beau monde Biréli, magnifique guitariste, prend visiblement un aussi grand plaisir à cette joyeuse fête électrique que dans les territoires manouches où il excelle aussi.
On peut écouter quelques morceaux là :
http://www.myspace.com/birelilagrene